La recette du succès selon George Koukis

by / vendredi, 27 décembre 2013 / Published in Entrepreneur
Genève.21.11.11. George Koukis fondateur de Temenos.

Inconnu du grand public, c’est lors d’une soirée organisée par le magazine Bilan — les 300 plus riches – que je découvre George Koukis, fondateur de Temenos et dont la fortune personnelle est estimée entre 100 CHF et 200 CHF millions. Convié à une table ronde, il intervient à quelques reprises sur les thématiques du succès et de l’entrepreneuriat.

Son discours et sa philosophie trouvent immédiatement écho dans la salle. Toutefois, resté sur ma faim et souhaitant en savoir plus, je prends contact avec lui dans les jours qui suivent. Malgré un emploi du temps surchargé, il accepte mon invitation et me fait, sans le savoir, le plus beau cadeau dont un entrepreneur puisse rêver. En voici le résumé, dont quelques extraits filmés (à la volée) suivis de liens le concernant.

Vidéo version courte (5min) sous titrée FR/ENG – visionnez la vidéo
Vidéo version longue ci-dessous (20min) en anglais

 

 

L’entretien – vendredi 13 décembre 2013

Après quelques courts échanges d’emails et aussi improbable soit-il, je me retrouve dans les bureaux de George Koukis, à Genève. L’accueil est chaleureux, l’homme a le don de savoir mettre ses convives à l’aise de par la sérénité qu’il dégage. Est-ce dû au fait qu’il vient de passer une nuit blanche, en partie à célébrer les 20 ans de Temenos et l’autre à travailler sur un projet? J’en doute, car il m’avoue dormir 4 heures par nuit en moyenne. Cela étant, les 3 tasses de café qui trônent devant lui, remplies à ras bord, contribueront à leur manière à passer l’heure qui nous attend: «J’adore le café » me confie-t-il dans la foulée.

À ce jour, rares sont ses apparitions, filmées ou écrites, partageant la philosophie qui l’habite et garante de ses nombreux succès. Né de parents illettrés, c’est adolescent qu’il prend une décision fondamentale: « J’ai refusé très tôt tout lavage de cerveau et je questionnais tout ce qu’une personne pouvait me dire. Dès lors, à 14 ans, j’ai façonné ma propre réalité et j’ai décidé que je serai responsable de tous mes actes!»

 

Son conseil le plus tranché

Ne jamais se plaindre, ni prier. Selon lui, prier est une insulte envers Dieu : « si Dieu vous a fait tel que vous êtes, avec vos forces et vos faiblesses, que voulez-vous de plus? Être plus grand? Avoir le physique de Tom Cruise? Recevoir plus d’argent? Que Dieu vienne en aide à vos enfants? Si un enfant est malade, c’est qu’il y a une raison à cela. Vous ne la connaissez sûrement pas, mais vous devez la découvrir.» C’est sur un ton paternaliste qu’il prodigue ses conseils à qui veut bien l’entendre, sans jamais chercher à convaincre, car le seul qu’il ait dû convaincre un jour c’était lui-même, à l’orée de ses 14 ans.

À l’âge de 26 ans, c’est accompagné de sa femme qu’il quitte son pays natal, la Grèce, en direction de Londres, à la recherche d’une vie meilleure. N’y obtenant pas de permis de travail, il se tourne vers le Canada et l’Australie, seules destinations accueillant les migrants à cette époque : « En regardant les brochures de ces pays, une remplie de neige et l’autre affichant un soleil radieux, notre choix s’est vite porté sur l’Australie » conclut-il en bon Méditerranéen.

 

A l’âge de 26 ans, c’est les mains vides qu’il arrive en Australie

Dès son arrivée, et bien que ne parlant pas un mot d’anglais, George Koukis refuse l’aide du gouvernement accordée aux migrants: « Je n’ai jamais accepté aucune aide de qui que ce soit ». C’est avec quelques dollars australiens en poche qu’ils survivent, jusqu’à ce que sa femme trouve un travail, puis lui. « Gagnant chacun environ 42 dollars par semaine nous nous considérions comme les personnes les plus riches du monde» s’en amuse-t-il encore aujourd’hui.

Toutefois, il reprend très vite ses études en parallèle à ses multiples emplois : « J’avais un travail de 9h à 17h, puis de 18h à 21h j’étais obligé d’aller à l’université (au-delà de 3 absences par trimestre les élèves étaient renvoyés). De 21h15 à 1h30 du matin j’étais serveur (il lui fallait gagner assez d’argent pour sa femme et sa fille qui venait de naître), et ensuite je rentrais à la maison faire mes devoirs». En fin d’études, il est embauché par la compagnie aérienne Quantas et en peu de temps, il saisit une opportunité qui changera sa vie: «Un jour, le directeur des finances est venu nous voir et nous a dit qu’il allait informatiser tout le département. Il nous demanda qui souhaitait faire partie de l’équipe. Tout le monde plongea sous son bureau effrayé! Car à cette époque, en 1973, personne n’était familier avec les ordinateurs comme c’est le cas aujourd’hui. Je fus le seul à me lever et dire: Moi le faire! (traduit de l’anglais “Me do it )”.

Ne parlant que peu l’anglais et ne connaissant rien aux ordinateurs, George Koukis relève le défi. “Je n’ai jamais eu peur de l’inconnu. Et que pouvait-il m’arriver ? Au pire si j’en étais incapable, je leur aurais dit et le projet aurait été confié à quelqu’un d’autre”. Il achète donc un livre sur le langage informatique “Fortran”. En quelques heures, il en comprend les rudiments, après deux jours il écrit son premier programme, en 21 jours il développe le prototype de l’application demandée par Quantas, et après 6 mois son surnom devient “Dieu”.

 

Au zénith de sa carrière, il perd tout!

Tout s’enchaine par la suite. Il est convoité pour ses connaissances informatiques et gagne très bien sa vie jusqu’au point d’accumuler entre 1,5 à 2 millions de dollars sur son compte en banque, en plus d’une magnifique maison et de belles voitures. “Au zénith de ma carrière, mes amis mon incité à investir en bourse. Alors que je n’y connaissais absolument rien, je me suis vite pris au jeu de tout investir, jusqu’à hypothéquer toute de ma maison. La bourse ne faisait que monter et la valeur de mon portefeuille avec. Jusqu’à ce jour du 19 octobre 1987, où le crash survint! En une fraction de seconde, George Koukis perd tout. “Je me souviens à la perfection de ma conversation ce jour-là avec ma femme qui me demandait si j’avais vu les nouvelles et dans quelle mesure cela avait un impact sur nous. Je lui répondis que cela n’avait plus d’impact sur nous, car nous avions tout perdu. ‘TOUT’ me demanda-t-elle ? Oui, tout…” Cela étant, il lui rappelle que tous deux sont venus au monde sans rien, que lors de leur rencontre ils n’avaient rien, qu’en arrivant en Angleterre ils n’avaient toujours rien et qu’une fois en Australie ils n’avaient rien non plus, donc rien n’était différent par rapport à avant. Sur ce, il lui promet une chose : “Nous sommes jeunes et nous allons nous refaire, et je te promets que nous allons nous refaire en multiples” puis il enchaine “car j’ai appris la plus grande leçon de ma vie: j’avais pour seul objectif l’argent! La plus grande erreur de toute ma vie!”

 

Les débuts de Temenos (1993)

À la suite de cet épisode, il continue de travailler, et en parallèle, contacte un de ses amis “Venture Capitalist” afin d’acquérir une société au bord de la faillite, pour 940’000 dollars. C’est en 1993 que George Koukis s’établit à Genève et renomme sa société Temenos. Malgré les avis défavorables de ses banques d’investissements, qui voulaient le forcer à déménager aux États-Unis ou en Angleterre pour l’entrée en bourse de Temenos, il leur tient tête et reste à Genève. L’entrée en bourse est un succès, avec une valorisation à 1,4 milliard dollars, satisfaisant largement les investisseurs lui ayant fait confiance à ses débuts.

 

Ses nouveaux défis!

C’est forgé de ces expériences que Geogre Koukis conseille désormais les entrepreneurs. Il a d’ailleurs fondé une école “Dream for the Wolrd” dont l’élément central est de promouvoir “l’intégrité”. Pour lui, tout investissement doit avoir des répercussions sociales. À travers les années, il a d’ailleurs constitué une liste de 16 points qui assure à quiconque la réussite. Cela étant, aucun d’entre eux ne concerne directement l’argent. En voici quelques-uns :

  1. Amusez-vous au travail! Si vous n’aimez pas ce que vous faites, allez voir ailleurs. Une personne faisant ce qu’elle aime ne tombe jamais malade et est toujours agréable avec les autres, car elle se sent épanouie.”
  2. “D’un point de vue des affaires, une activité profitable c’est la conséquence de clients satisfaits! Si vos clients sont heureux, cela veut dire que vous avez un bon produit dont vous êtes fier et que votre relation client est excellente. Et surtout, ne prenez jamais vos clients pour des imbéciles, car ce sont eux qui vous permettent d’exister !”
  3. L’un des points les plus importants selon George Koukis : “vous devez vous défaire de toutes vos peurs. Pour cela, trouvez un système ou une croyance, avec ou sans Dieu, qui vous permet de vous sentir unique et vous apporte la force nécessaire de ne plus rien craindre. Les peurs sont néfastes à votre développement personnel.”

 

Le meilleur des Business Plans

À la question “quelle est la meilleure manière pour faire des affaires”, George Koukis répond: “Si vous écrivez un Business Plan car vous avez une très belle idée et que vous croyez en vous (ou en votre créateur), ce Business Plan reflétera votre âme, votre cœur, et les gens l’adoreront! En revanche, si vous écrivez un Business Plan car vous avez faim ou que vous voulez une Rolls-Royce et que vous vous adressez à un Venture Capitalist à qui vous souhaitez uniquement soustraire de l’argent, ce Business Plan est voué à l’échec!”

Afin d’apprécier au plus juste tous les conseils qu’il prodigue, George Koukis souligne l’importance de se connaître et d’être honnête avec soi-même : “avec ce que vous avez, qu’êtes-vous en mesure d’accomplir? Trouvez ce pour quoi vous êtes fait et faites-le! Mais ne vous mentez pas à vous-même, car votre for intérieur n’acceptera jamais aucun mensonge!”

 

Les jeunes manquent de modèles!

Seule ombre au tableau, et non des moindres, George Koukis regrette sévèrement le manque de modèles pour les jeunes. “De nos jours” dit-il “les politiciens prennent leurs décisions en fonction des élections à venir, peu importe les conséquences sur autrui pour autant qu’ils soient élus. Les hommes d’affaires sont, pour la plus grande partie, terrorisés par les rapports trimestriels! Par conséquent, ils déciment des activités durables simplement, car leurs décisions se basent sur les 3 prochaines années dans le but d’assurer leur bonus de 100 millions! Et concernant la religion, la pression est journalière. Donc en quoi un jeune voudrait-il être différent si les ‘leaders’ ne montrent pas eux-mêmes la voie à suivre !”

 

Un grand merci à M. George Koukis pour cette entrevue et sa générosité!

 

Quelques liens

En français

(article) Le Grec humaniste qui a fait fortune deux fois

(site internet) School for Dreamers

En anglais

(website) Dream for the World

(Speech – Article) The School for Gods

(video) Future leaders for the World

bilan Publié sur le blog du magazine Bilan

par Malik Khalfi

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